Pendant longtemps, j'ai réglé mon vélo au feeling. Un peu plus haut, un peu plus bas, quelques millimètres de recul en plus quand quelque chose me gênait. Ça fonctionnait plutôt bien, jusqu'au jour où j'ai compris qu'à mon niveau, et sur des distances comme l'Ironman, le feeling ne suffisait plus. Quelques millimètres mal réglés pouvaient soit créer des déséquilibres, soit me faire perdre de précieuses minutes.
Sur 180 kilomètres, chaque détail de position se répète des dizaines de milliers de fois. Un genou qui part légèrement vers l'extérieur ou une selle trop haute de quelques millimètres, et c'est tout le corps qui compense, sans même qu'on s'en rende compte. Alors imaginez sur les milliers de kilomètres d'une préparation complète.
Pourquoi j'ai franchi le pas
La première raison, c'est la performance. En triathlon longue distance, on passe la majeure partie du vélo allongé sur les prolongateurs. Plus on tient cette position longtemps et confortablement, plus on va vite pour la même dépense d'énergie.

La deuxième raison, c'est mon corps. Avec mon histoire et les syndromes des loges qui m'ont obligé à arrêter, j'ai appris à écouter les signaux qu'il m'envoie. Je ne voulais plus laisser de place au hasard sur quelque chose d'aussi important que ma position.
Et puis il y a le marathon. Le vélo ne doit pas seulement être rapide : il doit aussi permettre de descendre de la machine avec des jambes encore capables de courir 42 kilomètres.
Comment se déroule une étude posturale
Une étude posturale commence bien avant de monter sur le vélo. On parle d'abord de son histoire : les blessures, les douleurs, les objectifs, le type de courses préparées. Viennent ensuite les mesures du corps : la souplesse, les appuis des pieds, la longueur des segments.
Puis on passe sur le vélo. On pédale, et le spécialiste observe les angles des genoux, des hanches et du dos, ainsi que la manière dont le bassin se pose sur la selle. Chaque réglage est modifié par petites touches, puis testé en pédalant, jusqu'à trouver l'équilibre entre puissance, confort et aérodynamisme.
Ce que j'ai le plus apprécié, c'est de comprendre le pourquoi de chaque changement. On ne m'a pas donné une position toute faite : on a construit la mienne.
Ce que j'ai modifié

Les changements ont porté sur trois points : la hauteur et le recul de ma selle, le placement de mes cales, et le réglage de mon poste de pilotage, avec la position de mes prolongateurs Sync Ergonomics. Pris un par un, ce sont des ajustements de quelques millimètres. Mis bout à bout, ils changent complètement la façon dont le corps travaille.
Quelques millimètres sur un vélo, ce sont des minutes sur un Ironman.
Ce que ça a changé en course
À Cascais, j'ai passé plus de quatre heures et demie sur le vélo, en grande partie en position aérodynamique, dans un vent terrible. J'ai tenu mes 264 watts normalisés sans douleur, puis j'ai enchaîné sur mon premier marathon à 4:20 au kilomètre.
Je suis convaincu que ma position y est pour beaucoup. Elle ne m'a pas seulement rendu plus rapide sur le vélo, elle m'a permis d'arriver au marathon avec des jambes encore fraîches. Mais je dois encore aller chercher des gains de puissance et améliorer mon CdA (coefficient de résistance aérodynamique).
Ce que je retiens
Avant d'investir dans du matériel plus léger ou plus aéro, la première chose à travailler, c'est la position. Sur un vélo, c'est le corps qui crée l'essentiel de la résistance de l'air : environ 80 % de la traînée aérodynamique totale, contre à peu près 20 % pour le vélo et son équipement. Améliorer sa position rapporte donc souvent plus qu'une paire de roues hors de prix, car c'est elle qui fait le lien entre le corps et la machine.
Chaque corps est différent, et une position qui me convient ne conviendra pas forcément à quelqu'un d'autre. C'est justement tout l'intérêt de se faire accompagner par un professionnel : partir de soi, et pas d'une règle générale.
Prochaine étape : affiner encore cette position pour la chaleur et les longues lignes droites de Kona. Une vraie étude aéro est déjà prévue cet hiver.
Dans un an, je veux être au meilleur de moi-même. Pour ça, je dois tout peaufiner.

