Il y a quelques années, je pensais que le triathlon était derrière moi. Des syndromes des loges m'avaient obligé à tout arrêter, alors que ce sport faisait partie de ma vie depuis mes plus jeunes années. Le 17 octobre 2026, à Cascais, j'ai pris le départ de mon premier Ironman. J'ai envie de vous raconter cette journée telle que je l'ai vécue, de l'intérieur.

Cette distance mythique marque aussi un tournant dans ma façon de pratiquer.

La veille au soir

La veille, j'ai fait un petit footing de 20 minutes le long de la mer, pour aider la digestion et profiter de ce mood si particulier. Ensuite, j'ai appelé mon père. Ce coup de fil, j'en avais besoin avant d'aller me coucher, parce qu'il fait forcément partie de l'aventure.

Ce soir-là, je me sentais calme. J'avais passé des mois à préparer cette course, et je savais que le travail était fait. Il ne me restait plus qu'à appliquer, le lendemain, ce que j'avais répété des dizaines de fois à l'entraînement.

Le mood Ironman

Un Ironman dure une journée entière, et on sait d'avance qu'elle ne se passera pas parfaitement. Il y aura des moments de doute et des moments plus sombres : les jambes vont se durcir, le vent va se lever, le moral va flancher. J'avais décidé de l'accepter avant même de prendre le départ. J'attendais presque ces moments pour les affronter.

Pour moi, c'est ça, le positive mindset : garder son énergie pour ce qu'on peut contrôler. Je ne pouvais rien contre le vent, ni contre les autres. En revanche, ma nutrition, mon allure et mon état d'esprit ne dépendaient que de moi, et c'est là que j'ai mis toute mon attention.

Le matin, sur la ligne de départ, je n'avais pas peur. J'avais surtout hâte de commencer. J'ai pleuré, j'ai souri, et je me suis senti épanoui et heureux.

La natation, trouver mon rythme

Au moment de me mettre à l'eau, je n'avais qu'une idée en tête : trouver mon rythme le plus vite possible, sans me laisser emporter par l'excitation du départ. Sur 3,8 kilomètres, partir trop vite ne sert à rien. Une bonne natation sur Ironman, c'est celle qui te laisse de la marge pour la suite.

J'ai nagé en restant concentré sur ma cadence et sur ma respiration, mouvement après mouvement. Petit à petit, l'excitation du départ a laissé place aux sensations, et j'ai senti que la journée était bien lancée.

Pierre Gentet sort de l'eau en combinaison
Sortie de l'eau, direction le vélo

En sortant de l'eau, je me sentais bien. Le plus long restait à faire, mais j'avais pris un bon départ, toujours avec le big smile.

Sur le vélo, être 100 % aux sensations

Une fois sur le vélo, j'ai vite compris que le vent allait compter. Il soufflait fort du nord-nord-ouest, et sur certaines portions, il était terrible. Devant moi, Rémi et Nathan roulaient beaucoup plus vite. J'aurais pu essayer de les suivre, mais je savais que ce n'était pas ma course et que je devais les laisser partir.

Mon plan était simple : garder de la réserve pour le marathon, une distance que je n'avais encore jamais courue. J'ai roulé à 264 watts normalisés, sans chercher à en faire plus, même dans les moments où je me sentais bien. Sur un Ironman, ce qu'on gagne en forçant sur le vélo, on le paie presque toujours plus tard. Mon mot d'ordre est donc resté le même du début à la fin : la gestion.

L'alimentation, le fil rouge de ma journée

Ce jour-là, ma priorité, c'était de bien m'alimenter. Je mangeais et je buvais à intervalles réguliers, même quand je n'avais ni faim ni soif, parce que je savais qu'un oubli sur le vélo se paierait sur le marathon. Strava m'a compté près de 4 600 calories dépensées à vélo, et près de 4 000 en course à pied. Avec ces chiffres, la meilleure forme du monde ne suffit pas si l'on oublie de manger.

Cette stratégie, je l'avais testée sortie longue après sortie longue. Le jour de la course, je n'ai rien changé : je connaissais le plan par cœur.

On ne devient pas plus fort le matin du départ. Ce jour-là, on récolte ce qu'on a construit pendant des mois.

Le marathon, avec le cœur

Pierre Gentet en course à pied sur le front de mer, bidon à la main
Le marathon, sur le front de mer

C'était mon tout premier marathon, et je l'ai couru après 3,8 km de natation et 180 km de vélo. Je l'ai bouclé à 4:20 au kilomètre de moyenne, un rythme que je n'aurais jamais imaginé tenir il y a encore deux ans.

Vers le 25e kilomètre, mes jambes ont commencé à lâcher. C'est à ce moment-là que la tête prend le relais. Je ne pensais plus à l'arrivée ni au classement, seulement au prochain ravitaillement, puis au suivant. J'ai avancé comme ça pendant des kilomètres, un ravito après l'autre, et ça a tenu. Ce jour-là, j'ai compris que l'Ironman était un sport à part, unique. J'ai adoré.

La cloche

Quelques mètres avant la ligne, j'ai pris le temps de couper ma montre. Je ne voulais plus regarder aucun chiffre. J'avais envie de vivre pleinement ces derniers instants, et de sonner la cloche.

Pierre Gentet franchit la ligne d'arrivée de l'Ironman Portugal Cascais
La ligne d'arrivée, à Cascais

J'ai terminé 4e au général en 8h42, 2e de la catégorie des 30-34 ans, et j'ai décroché ma qualification pour les Championnats du monde Ironman 2027 à Kona. En passant la ligne, j'ai repensé au petit garçon qui faisait ses premiers triathlons à 4 ans, et à celui qui avait dû tout arrêter quelques années plus tôt. Les deux avaient leur place sur cette arrivée.

Et maintenant, Kona

Cascais m'a appris que la performance se prépare bien avant le jour de la course. Ce jour-là, il faut surtout rester lucide pour suivre son plan, et garder une attitude positive quand les choses se compliquent.

À Kona, il fera plus chaud et le niveau sera encore plus élevé. J'y vais avec la même recette : arriver prêt, puis appliquer. Pour y parvenir, je change énormément de choses, dans mon entourage comme dans mon quotidien. Je vous en dirai plus très bientôt.

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